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LA MUSIQUE COMORIENNE : UNE HISTOIRE QUE L’ON ENTEND

septembre 26, 2026 par webmaster@azzhy.com 0 commentaires

Enquête — Mémoire & Musiques des Comores

Et si la musique comorienne racontait une histoire beaucoup plus vaste que celle de ses chansons ?

Lorsqu’on parle de musique comorienne, on pense souvent au twarab, aux grands mariages, aux orchestres, aux chanteurs populaires ou, plus récemment, aux artistes qui se développent sur les plateformes numériques.

Mais derrière ces musiques se cache une histoire beaucoup plus ancienne.

Une histoire de migrations, de commerce, de religion, de langues, de cérémonies, de transmission familiale et de rencontres entre les cultures de l’océan Indien.

Pour comprendre la musique comorienne, il faut donc commencer par dépasser une idée simple : celle d’une musique qui aurait évolué isolément sur quelques îles volcaniques.

Les Comores sont historiquement un espace de circulation.

Et cette circulation s’entend dans la musique.


UN ARCHIPEL, QUATRE ÎLES, UNE HISTOIRE CULTURELLE COMMUNE

L’archipel des Comores est composé de quatre grandes îles : Ngazidja (Grande-Comore), Ndzuwani (Anjouan), Mwali (Mohéli) et Maoré (Mayotte).

Cette réalité géographique et historique est documentée notamment dans des documents de l’UNESCO consacrés à l’archipel.[1]

Dans cet article, nous considérons donc la culture musicale comorienne dans son ensemble : celle de Ngazidja, Ndzuwani, Mwali et Maoré.

Cette précision est importante.

La situation politique et administrative de Maoré est aujourd’hui distincte de celle des trois autres îles, mais cette situation contemporaine ne fait pas disparaître les liens historiques, linguistiques, familiaux et culturels qui existent entre les quatre îles.

Lorsqu’il s’agit de musique, de traditions et de mémoire collective, les frontières administratives contemporaines ne suffisent donc pas à raconter toute l’histoire.

La culture musicale, elle, a continué à circuler.


UNE MUSIQUE NÉE AU CARREFOUR DE L’OCÉAN INDIEN

Les Comores se trouvent à l’entrée septentrionale du canal du Mozambique, entre Madagascar et la côte orientale de l’Afrique.

Cette position géographique n’est pas un simple détail.

Pendant des siècles, l’océan Indien a constitué un espace de circulation des personnes, des marchandises, des religions, des langues et des savoirs.

Les recherches historiques consacrées aux Comores montrent que l’archipel s’est développé dans un environnement marqué par les échanges entre l’Afrique orientale, le monde swahili, le monde arabe et d’autres régions de l’océan Indien.[2]

L’UNESCO décrit d’ailleurs les sociétés historiques comoriennes comme le résultat d’interactions liées aux migrations et aux réseaux commerciaux de l’océan Indien, avec des influences africaines, arabo-musulmanes et européennes adaptées au contexte local.[3]

Cette histoire permet de comprendre quelque chose d’essentiel :

la musique comorienne n’est pas le produit d’une seule origine.

Elle est le résultat d’une longue histoire d’appropriation et de transformation.


LE TWARAB : UNE MUSIQUE QUI RACONTE LES CIRCULATIONS

Le twarab constitue probablement l’un des meilleurs exemples de cette histoire.

Mais son histoire est plus complexe que le simple récit selon lequel « le twarab vient de Zanzibar ».

Les travaux de l’ethnomusicologue Werner Graebner consacrés au Twarab ya Shingazidja montrent l’importance des relations entre les Comores et le monde swahili dans la formation et la diffusion de cette pratique musicale.[4]

Les archives de la Phonothèque historique de l’océan Indien rapportent notamment l’existence, à Zanzibar, d’un club appelé Nadi Shuub, associé à des membres de la communauté comorienne au début du XXe siècle.

Ces mêmes travaux situent l’introduction du twarab à Ngazidja dans les premières décennies du XXe siècle.[5]

Autrement dit, le twarab comorien témoigne d’une circulation musicale entre plusieurs espaces de l’océan Indien.

Mais une fois arrivé aux Comores, il n’est pas resté identique.

Il a été interprété par des musiciens comoriens, dans des langues comoriennes, pour des publics comoriens et dans des contextes sociaux comoriens.

C’est là toute la différence entre une simple influence étrangère et une appropriation culturelle.


MAIS LA MUSIQUE COMORIENNE NE SE RÉSUME PAS AU TWARAB

C’est probablement l’un des premiers raccourcis qu’il faut déconstruire.

Les travaux consacrés aux musiques des Comores font apparaître une grande diversité de répertoires.

François Bensignor, dans son étude publiée dans Hommes & Migrations, évoque notamment le deba, le lelemama, le wada-ha, le bora, le mshogoro, le shigoma, le zifafa et le sambe, parmi d’autres formes musicales.[6]

Ces pratiques ne remplissent pas toutes la même fonction.

Certaines sont liées à la danse.

D’autres à des cérémonies.

Certaines sont associées à des pratiques religieuses ou communautaires.

D’autres encore accompagnent les grandes étapes de la vie.

Cela signifie qu’une histoire de la musique comorienne ne devrait pas être écrite uniquement à partir des chansons enregistrées et des artistes connus.

Elle doit également regarder du côté des pratiques communautaires.


QUAND LA MUSIQUE DEVIENT UN FAIT SOCIAL

Aux Comores, la musique ne constitue pas seulement une forme de divertissement.

Elle peut être un langage social.

Elle peut accompagner une cérémonie.

Elle peut annoncer, célébrer ou accompagner une étape importante de la vie.

Elle peut rassembler plusieurs générations.

Elle peut transmettre une mémoire.

Elle peut également renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté.

Cette dimension apparaît dans les travaux consacrés aux pratiques culturelles de l’archipel.

L’UNESCO souligne notamment que les traditions et pratiques sociales comoriennes sont profondément liées aux célébrations qui marquent les différentes étapes de la vie.[3]

La musique doit donc être étudiée dans son environnement.

Une chanson sortie de son contexte ne raconte qu’une partie de son histoire.

Pour comprendre ce qu’elle signifie réellement, il faut savoir :

qui la chante, quand, pour qui, pourquoi et dans quelle circonstance.


LE MARIAGE : L’EXEMPLE D’UNE MUSIQUE QUI DEVIENT PATRIMOINE

L’importance de la musique dans les cérémonies apparaît particulièrement dans le mariage traditionnel.

En 2025, la zaffa dans le mariage traditionnel a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO dans le cadre d’une candidature multinationale à laquelle les Comores ont participé.[7]

L’UNESCO décrit la zaffa comme une pratique comprenant notamment musique, danse, manifestations de joie et rassemblement communautaire.

Cette reconnaissance internationale est intéressante pour notre enquête.

Elle montre que le patrimoine musical ne peut pas toujours être séparé des pratiques sociales auxquelles il est associé.

La musique n’est pas simplement « jouée ».

Elle est vécue.

Elle accompagne un événement.

Elle rassemble.

Elle transmet.

Elle donne du sens à un moment particulier.


UNE QUESTION RESTE POURTANT SANS RÉPONSE : QUI CONSERVE CETTE MÉMOIRE ?

C’est probablement ici que commence le véritable problème.

Nous connaissons certaines musiques parce qu’elles ont été transmises.

Mais combien d’autres ont disparu ?

Combien de chansons anciennes n’ont jamais été enregistrées ?

Combien de musiciens ayant joué un rôle important dans l’histoire musicale des Comores n’ont laissé aucune archive sonore ?

Où sont les anciennes bandes ?

Les anciennes cassettes ?

Les archives des radios ?

Les enregistrements privés ?

Les photographies des premiers orchestres ?

Les paroles des chansons traditionnelles ?

Et surtout :

qui est aujourd’hui chargé de conserver cette mémoire ?

Ce ne sont pas uniquement des questions historiques.

Ce sont des questions urgentes.

Parce qu’une tradition orale peut disparaître avec la génération qui la porte.


LE PATRIMOINE MUSICAL COMMENCE ENFIN À ÊTRE DOCUMENTÉ

Il serait toutefois faux de dire que rien n’est fait.

L’UNESCO a accompagné les Comores dans des programmes consacrés à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, notamment dans les domaines de la documentation, de la recherche et de l’inventaire communautaire.[8]

Des projets ont également porté sur les Chants de la Lune, patrimoine musical swahili associé à la Tanzanie et aux Comores.[9]

Et en 2026, l’UNESCO a encore accompagné les autorités et acteurs culturels comoriens dans des travaux consacrés à la sauvegarde du patrimoine vivant.[10]

Le problème n’est donc pas l’absence totale d’initiatives.

Le problème est plutôt celui de leur continuité, de leur coordination et de leur accessibilité.

Une archive qui reste enfermée dans une armoire n’est pas encore une archive pleinement accessible.


DE NGAZIDJA À MAORÉ : UNE CULTURE MUSICALE QUI TRAVERSE LES ÎLES

Parler de musique comorienne signifie également accepter sa diversité insulaire.

Les quatre îles ont leurs histoires, leurs artistes, leurs pratiques, leurs répertoires et leurs particularités.

Mais elles partagent aussi un ensemble de références culturelles, linguistiques et historiques.

La musique permet précisément d’observer cette double réalité :

une culture commune, mais plusieurs expressions locales.

Ngazidja ne sonne pas nécessairement comme Ndzuwani.

Ndzuwani ne sonne pas nécessairement comme Mwali.

Et Maoré possède également ses propres traditions et évolutions musicales.

Pourtant, ces différences ne détruisent pas nécessairement l’idée d’un patrimoine musical comorien.

Elles peuvent au contraire en constituer la richesse.


LA DIASPORA : UNE AUTRE SCÈNE MUSICALE COMORIENNE

L’histoire ne s’arrête pas aux quatre îles.

Elle continue dans la diaspora.

En France notamment, les communautés originaires des Comores ont développé leurs propres espaces musicaux.

Des recherches consacrées aux musiques populaires comoriennes à Marseille montrent notamment l’importance du twarab dans les communautés comoriennes et son caractère translocal.[11]

La diaspora devient ainsi une nouvelle scène.

Les artistes peuvent y conserver certaines traditions tout en les mélangeant avec de nouveaux genres.

Ils peuvent chanter en shikomori tout en utilisant des arrangements modernes.

Ils peuvent produire à Marseille, Moroni, Mamoudzou ou ailleurs et diffuser leur musique instantanément auprès d’un public réparti dans plusieurs pays.

La musique comorienne devient alors transnationale.


DE LA CASSETTE À YOUTUBE : UNE NOUVELLE RÉVOLUTION

Chaque révolution technologique a changé la manière dont la musique comorienne circule.

Il y a eu les orchestres.

Puis la radio.

Puis les cassettes.

Puis les CD.

Puis la télévision.

Aujourd’hui, il y a YouTube, TikTok, Facebook, les plateformes de streaming et les studios numériques accessibles avec des moyens beaucoup plus réduits.

Le rapport entre l’artiste et son public a donc profondément changé.

Hier, un artiste dépendait davantage d’un producteur, d’un studio, d’une radio ou d’un distributeur.

Aujourd’hui, un artiste peut enregistrer, publier et promouvoir lui-même sa musique.

Mais cette liberté crée également de nouvelles questions :

Qui rémunère l’artiste ?

Qui protège ses droits ?

Comment comptabilise-t-on les écoutes ?

Comment préserver les anciennes œuvres dans un environnement numérique ?

Comment faire émerger une véritable économie musicale comorienne ?

Ces questions feront l’objet de prochains articles de notre série.


ALORS, QU’EST-CE QU’UNE MUSIQUE « COMORIENNE » ?

C’est peut-être la question centrale.

Est-ce une musique chantée en shikomori ?

Une musique créée par un artiste comorien ?

Une musique produite aux Comores ?

Une musique liée à une tradition de l’archipel ?

Une chanson créée à Marseille par un artiste de la diaspora ?

Ou une musique moderne qui mélange twarab, afrobeat, rap, influences africaines, arabes et occidentales ?

Il n’existe probablement pas une réponse unique.

L’histoire montre plutôt que la culture musicale comorienne s’est construite par la circulation et la transformation.

Elle n’a jamais été complètement immobile.


NOTRE CONCLUSION : UNE MUSIQUE À ÉCOUTER, MAIS AUSSI À ARCHIVER

La première conclusion de cette enquête est simple :

la musique comorienne est beaucoup plus qu’une industrie du divertissement.

Elle est une source historique.

Elle témoigne des migrations.

Elle conserve des langues.

Elle accompagne les cérémonies.

Elle transmet des pratiques.

Elle relie les générations.

Elle crée des liens entre les îles et la diaspora.

Et elle continue de se transformer.

Mais une question demeure :

Que restera-t-il de cette mémoire dans cinquante ans si nous ne commençons pas aujourd’hui à l’enregistrer, la documenter, la numériser et la transmettre ?

Préserver la musique comorienne ne signifie donc pas empêcher les artistes de créer de nouvelles sonorités.

C’est au contraire leur permettre de connaître ce qui existait avant eux.

Une culture musicale vivante a besoin de deux choses :

la mémoire pour savoir d’où elle vient ;

la création pour savoir où elle va.

La musique comorienne possède déjà cette mémoire.

Le véritable défi est désormais de la documenter.

Et surtout, de la rendre accessible aux générations qui viennent.


RÉFÉRENCES

[1] UNESCO — Comores : situation géographique et composition de l’archipel.
Document UNESCO indiquant les quatre îles : Ngazidja, Ndzuwani, Mwali et Maoré.

[2] Iain Walker — Islands in a Cosmopolitan Sea: A History of the Comoros. Oxford University Press, 2019.

[3] UNESCO — Les médinas des Sultanats historiques des Comores.
Documentation sur les échanges culturels, les migrations, les réseaux commerciaux de l’océan Indien et la formation de la culture swahilie dans le contexte comorien.

[4] Werner Graebner — « Twarab ya Shingazidja: A First Approach », Afrikanistische Arbeitspapiere, 2001.

[5] Phonothèque historique de l’océan Indien — Documentation consacrée à l’histoire et à la diffusion du twarab aux Comores.

[6] François Bensignor — « Musiques des Comores », Hommes & Migrations, n°1215, 1998, p. 101-106.

[7] UNESCO — « La zaffa dans le mariage traditionnel », inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, 2025.

[8] UNESCO — Programme de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel aux Comores.

[9] UNESCO — Projet « Safeguarding the Songs of the Moon », consacré aux chants traditionnels swahilis de Tanzanie et des Comores.

[10] UNESCO — « Stitching heritage: UNESCO supports safeguarding of living heritage in the Comoros », 2026.

[11] Études consacrées aux musiques populaires comoriennes et à la diaspora à Marseille.

Article rédigé à 80% par inteligence artificiel

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